
Cet après-midi, poussé par le ciel gris qui ne donne qu’une envie : se pendre, je suis descendu de chez moi avec mon réflex, histoire de prendre quelques clichés dans le cimetière qui se trouve à quelques pas de ma porte.
Non pas que je sois attiré par l’aspect religieux que revêt pour moi cet endroit, mais tout simplement parce que je trouve que c’est un lieu qui, esthétiquement parlant, vaut la peine qu’on s’y intéresse. Des formes et des couleurs qu’on ne trouve que là.
J’avais déjà en tête des images que je voulais trouver, mais dès que j’ai franchi les portes, je me suis retrouvé confronté à une question à laquelle j’aurais du réfléchir plus tôt, et qui a soudain pris une importance capitale : comment travailler de façon respectueuse et respecter l’anonymat dans un lieu tel que celui-ci ? J’avais évidemment pensé que si l’on me posait des questions, je répondrais que je faisais ça en faisant attention à préserver l’intégrité du lieu et des personnes qui y étaient enterrées, mais c’est seulement en rentrant au sein même du cimetière que je me suis vraiment senti responsable d’un travail qui se devait d’être parfaitement anonyme et humble.
Et finalement, alors que je pensais me contenter de shooter, je me suis pris à errer dans les allées du cimetières, en lisant les épitaphes, et en pensant aux gens qui étaient enterrés ici. Et plus que des noms, ce sont presque des histoires qui se sont affichées sous mes yeux.
Plus que les autres, un caveau a retenu mon attention. Deux noms de femmes. En observant les dates, je me suis rendu compte que c’était probablement une mère et sa fille. Je me suis alors mis à penser à elles, aux gens qu’elles avaient laissés, au mari de la femme, au père de la fille, à leur familles… A partir de ce moment, j’ai totalement abandonné mon appareil photo et me suis concentré sur les écritures qui m’entouraient. Des anciens combattants, des artisans, des pompiers, des amis, des belles-soeurs…
Le plus drôle dans tout ça, c’est que quand j’étais gamin, mes parents m’emmenaient souvent visiter des cimetières. Un truc que je n’ai jamais compris. Aujourd’hui, j’y vais tout seul. Personnellement, il est clair que je n’emmènerai pas mes gosses dans un endroit pareil sans bonne raison. Non pas que je trouve ça terrorisant, mais je pense qu’il faut savoir préserver l’intimité et le repos des défunts. Un cimetière ne se visite pas comme un musée. On y entre avec pudeur et respect, ou on n’y rentre pas. En fait, je crois que j’emmènerai mes enfants une fois, pour leur expliquer ce que c’est, et leur faire partager ce respect que j’ai ressenti aujourd’hui, cette nécessité de se taire et de penser à ces gens morts, naturellement ou pas.
C’est dingue ce qu’on peut réfléchir à partir d’une simple promenade avec un appareil photo. Je me suis demandé comment on pouvait représenter l’anonymat en photographie; travail qui, si j’en avais le temps, m’intéresserait sacrément. Une question indissociable de la notion de respect de la personne. Je pense qu’il ne suffit pas de flouter une image pour la rendre anonyme. Du moins, ce n’est certainement pas la seule façon de faire, et encore moins la meilleure.
J’espère que les photos que j’ai prises refléteront mes idées, parce que je m’en voudrais vraiment d’avoir traversé cet endroit d’une façon qui pour moi, reviendrait presque à de la profanation. Je ne suis en aucun cas croyant, et n’ai que peu de respect pour la notion même de religion. Mais il y a des choses que je respecte, et aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’un cimetière n’était pas qu’un lieu de culte; c’est aussi un endroit dans lequel on ne se sent pas si seul que ça.
Cet après-midi, poussé par le ciel gris qui ne donne qu’une envie : se pendre, je suis descendu de chez moi avec mon réflex, histoire de prendre quelques clichés dans le cimetière qui se trouve à quelques pas de ma porte.
Non pas que je sois attiré par l’aspect religieux que revêt pour moi cet endroit, mais tout simplement parce que je trouve que c’est un lieu qui, esthétiquement parlant, vaut la peine qu’on s’y intéresse. Des formes et des couleurs qu’on ne trouve que là.
J’avais déjà en tête des images que je voulais trouver, mais dès que j’ai franchi les portes, je me suis retrouvé confronté à une question à laquelle j’aurais du réfléchir plus tôt, et qui a soudain pris une importance capitale : comment travailler de façon respectueuse et respecter l’anonymat dans un lieu tel que celui-ci ? J’avais évidemment pensé que si l’on me posait des questions, je répondrais que je faisais ça en faisant attention à préserver l’intégrité du lieu et des personnes qui y étaient enterrées, mais c’est seulement en rentrant au sein même du cimetière que je me suis vraiment senti responsable d’un travail qui se devait d’être parfaitement anonyme et humble.
Et finalement, alors que je pensais me contenter de shooter, je me suis pris à errer dans les allées du cimetières, en lisant les épitaphes, et en pensant aux gens qui étaient enterrés ici. Et plus que des noms, ce sont presque des histoires qui se sont affichées sous mes yeux.
Plus que les autres, un caveau a retenu mon attention. Deux noms de femmes. En observant les dates, je me suis rendu compte que c’était probablement une mère et sa fille. Je me suis alors mis à penser à elles, aux gens qu’elles avaient laissés, au mari de la femme, au père de la fille, à leur familles… A partir de ce moment, j’ai totalement abandonné mon appareil photo et me suis concentré sur les écritures qui m’entouraient. Des anciens combattants, des artisans, des pompiers, des amis, des belles-soeurs…
Le plus drôle dans tout ça, c’est que quand j’étais gamin, mes parents m’emmenaient souvent visiter des cimetières. Un truc que je n’ai jamais compris. Aujourd’hui, j’y vais tout seul. Personnellement, il est clair que je n’emmènerai pas mes gosses dans un endroit pareil sans bonne raison. Non pas que je trouve ça terrorisant, mais je pense qu’il faut savoir préserver l’intimité et le repos des défunts. Un cimetière ne se visite pas comme un musée. On y entre avec pudeur et respect, ou on n’y rentre pas. En fait, je crois que j’emmènerai mes enfants une fois, pour leur expliquer ce que c’est, et leur faire partager ce respect que j’ai ressenti aujourd’hui, cette nécessité de se taire et de penser à ces gens morts, naturellement ou pas.
C’est dingue ce qu’on peut réfléchir à partir d’une simple promenade avec un appareil photo. Je me suis demandé comment on pouvait représenter l’anonymat en photographie; travail qui, si j’en avais le temps, m’intéresserait sacrément. Une question indissociable de la notion de respect de la personne. Je pense qu’il ne suffit pas de flouter une image pour la rendre anonyme. Du moins, ce n’est certainement pas la seule façon de faire, et encore moins la meilleure.
J’espère que les photos que j’ai prises refléteront mes idées, parce que je m’en voudrais vraiment d’avoir traversé cet endroit d’une façon qui pour moi, reviendrait presque à de la profanation. Je ne suis en aucun cas croyant, et n’ai que peu de respect pour la notion même de religion. Mais il y a des choses que je respecte, et aujourd’hui, je me suis rendu compte qu’un cimetière n’était pas qu’un lieu de culte; c’est aussi un endroit dans lequel on ne se sent pas si seul que ça.
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